LE MOT DE LA PRESIDENTE

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LE MOT DE LA PRESIDENTE

– Quelques mots d’introduction à cette nouvelle présidence –

Mariette Murat
Présidente de l’association
pour l’Ecole Psychanalytique de Bretagne

Brest le 16 septembre 2017
Je me suis demandée en jetant ces quelques mots à votre adresse qu’est-ce que je pourrais vous dire de mes vœux pour cette Ecole qui ne sonne pas comme des mots creux, des coquilles vides. Ce que pourrait être cette école si nous n’y prenons pas garde et ne prenons pas garde au défaitisme et à l’usure. Je commence cette Présidence avec à la fois un sentiment de gravité, et d’urgence mais aussi de légèreté. Pour expliquer la gravité et l’urgence, je suis évidemment bien consciente qu’un certain nombre de choses ont changé pas de manière toujours formidable et pas qu’au sein de notre Ecole, et qu’il nous faut peut-être repenser notre tâche et redéfinir ce qu’il en est de cette école aujourd’hui à ce titre et avec ce qu’il en est de toutes ces nouvelles données. C’est d’ailleurs à ce questionnement, la concernant, que je compte vous inviter au fil de nos réunions de membre et des projets que nous ferons en ce sens. Repartir de nos fondamentaux et de notre objet pour la réinventer. Il me semble que le texte de fondation, acte symbolique doive nous servir de base pour nous redonner le sens et la visée propre à approcher le Réel qui la concerne et qui est son objet. Et que nous nous devons de faire aussi bien que possible avec ce symbolique de la fondation, cet imaginaire du sens que cela doit prendre pour nous mouvoir et ce Réel qui constitue son objet. Aussi bien que possible parce qu’il faut y ajouter toutefois cette claudication que constitue, dès lors que nous formons groupe, la difficulté des rapports sociaux. C’est pourquoi aucune société si psychanalyste qu’elle soit n’en est exempte.
En ce qui concerne la légèreté, c’est parce qu’il y a ce que je vois germer malgré nos vicissitudes et parce que cela donne toujours aussi de la légèreté, un désir, si grave et décidé soit-il.

Faire perdurer notre Ecole, nous aurions pourtant des raisons d’hésiter, autant de raisons et de changements qui pour autant sont ceux justement pour lesquelles il nous faut insister et insister avec de surcroît cette question éthique de s’approcher au plus près de ce dont il s’agit quand nous parlons d’un enseignement psychanalytique et donc quand on parle de ce que c’est que la psychanalyse.

Je disais que beaucoup de choses sont différentes aujourd’hui par rapport au temps de sa fondation et à considérer dans nos perspectives, à commencer par la question de la psychanalyse elle-même. Nous avons à considérer la place de la psychanalyse dont justement l’invention et l’inventivité ont fait acte durablement et gardent des effets comme seules les grandes avancées de l’humanité laissent leur trace, non sans qu’il y ait un mouvement et un risque de fossilisation aujourd’hui, de recouvrement de cette pépite, la possibilité qu’elle disparaisse des discours ou n’y reste seulement qu’au titre d’un objet de musée obsolète dont on aurait perdu la clef. Dans certaines institutions, elle est déjà rangée au rayon des outils thérapeutiques proposables et utilisables parmi tant d’autres avec le label qu’on souhaiterait lui mettre ou lui ôter pour tel ou tel type de pathologie. Comment faire valoir dans un enseignement vivant sa spécificité ?
Elle a perdu de son aura et peut-être n’est-ce pas plus mal par certains côtés, ceux entre-autre d’une vulgarisation qui tendait à oublier voire effacer son aspect subversif et éminemment créatif et à la figer, mais elle a perdu de son aura parce qu’elle n’est plus au goût du jour, tout simplement, au moment où tendent à se fermer les portes qu’elle avait ouvertes, le savoir qu’elle prônait en réalité nous étant dans le discours d’aujourd’hui particulièrement insupportable. Sans doute est-ce là sans conteste l’un des symptômes collectifs de notre culture avec toutes ses conséquences. Nous savons que ces symptômes collectifs sont souvent les plus terribles. Faire fi du réel qui nous fonde, le méconnaitre radicalement nous expose nous le savons à son retour dans la réalité d’une manière généralement bien plus défavorable.
La difficulté pour lui garder sa place est que le discours psychanalytique ne fait ni lien social ni école au sens classique du terme de ne se soutenir que d’un défaut irréductible qui vient décompléter par contre les autres discours. Nous ne pouvons faire mieux que laisser circuler quelques signifiants susceptibles de faire point d’accroche à un moment donné pour celui qui pourra s’en saisir. Quant à lui, le discours capitaliste et son évolution se suffit malheureusement à lui-même mais s’il est un avatar du discours du maître, il ne vient pas entièrement recouvrir ce dernier. C’est là la fenêtre dont il nous faut nous contenter.

A noter dans ce même mouvement et ce même temps comme conséquence, le changement du public à qui nous pensons nous adresser, l’insensibilisation progressive de chacun des citoyens de ce monde et de ce discours à la question de ce qui le fonde. Et donc un public moins réceptif et moins sensible à une adresse métaphorique par exemple et à un questionnement personnel, une interrogation de sa responsabilité. Cela pose la question il me semble des différents niveaux de notre adresse et de la manière dont il les faut les aborder. Pas seulement au niveau de notre école mais aussi dans nos cabinets.

Il y a eu aussi évidemment les changements de notre Ecole qui, avec la crise qui l’a secouée, a perdu en même temps qu’une partie de ses membres, son amplitude et une partie de son aura, avec les fragilités, les doutes dans lesquelles cela a pu nous mettre. Je l’ai souvent répété : l’Ecole Psychanalytique de Bretagne, a bien failli disparaître non pas structurellement mais au niveau de son élan, de sa vitalité, de sa raison d’être s’il n’y avait eu le travail du bureau précédent pour maintenir le cadre et souffler sur la braise. En sommes-nous sortis pour autant ? Avons-nous retrouvé la flamme ? Il me semble qu’il est temps de laisser derrière nous les atermoiements, les gémissements et le remugle des ressentiments auxquels nous avons tous participé et qu’il est temps de nous demander : Qu’est-ce qu’elle est, cette école ? Qu’est-ce qu’elle doit viser ? Quelle est sa fonction ? Que voulons-nous, la concernant ? Qu’en attendons-nous ? Et que nous mettions ça au travail pour de vrai entre nous : La « formation continue » des psychanalystes et des cliniciens qui se réfèrent à la psychanalyse, la formation des psychanalystes en herbe, la circulation au plus large des signifiants qui l’orientent… Notre participation à la fois curieuse et éclairée à la vie de la cité et au côté de nos collègues des institutions parce qu’ils ont à nous en apprendre et qu’il ne suffit plus de rester dans sa tour d’ivoire pour comprendre ce qui produit l’homme d’aujourd’hui et ses aléas. Et donc comment faisons-nous tous ensemble pour ça ? Comment ne pas rester enfermés entre nous pour ne toucher en gros qu’un public averti ou déjà intéressé ? Comment ne pas ronronner entre nous si tant est que nous souhaitons produire une présence du discours analytique dans la cité par un enseignement vivant. Je prends à dessein des termes du texte de fondation. Il serait sans doute bien que nous renouions aussi avec ceux qui la représentent, cette cité.

Il nous faut retravailler entre nous et soutenir ces deux signifiants « école » et « psychanalytique », cerner l’efficience de leur conjugaison en Ecole psychanalytique ainsi que leur raison d’être : Ecole psychanalytique auquel nous ajoutons ce « de Bretagne » que nous avons chèrement défendu non au nom d’un ensemble fermé qui dès lors se définirait par rapport à d’autres mais comme un ensemble justement souhaité ouvert, ouvert à tous, ouvert sur la cité, ouvert à tous ceux qui ne souhaitent pas se rallier sous une bannière définie dans une passion identificatoire et une passion du Un, quelque chose en somme qui tienne compte de ce défaut radical qui est le prix de notre humanité.

Est-ce que pour autant nous nous autoriserions au nom de cet ensemble ouvert à tous – car il me semble que pour faire Ecole, il ne nous faut pas moins nous autoriser – est-ce que pour autant nous nous autoriserions ainsi d’un n’importe quoi qui vaticinerait au gré des inspirations, des aspirations de chacun à l’intérieur de ce cadre et sous ce nom ? Il nous faut estimer que non et que si chacun à sa manière peut se soutenir de son désir pour y amener sa pierre, il nous faut un axe, une réflexion commune qui l’alimente et donc des temps pour ça, il nous faut revenir en permanence à ce qui nous oriente, ce qui fait fondation, ce qui est notre objet et donc le pourquoi de notre école. Et il nous faut travailler.

Quant à son aire d’intervention moins étendue et le nombre de ses membres pour l’instant moins nombreux, je remarque que cela n’a pas que des désavantages. Plusieurs de mes contacts y voient plutôt le gage et l’intérêt d’un lieu de travail de proximité sur Brest dévoué à la psychanalyse, un lieu riche en programme et modalités de travail, la souplesse qu’elles permettent. Un lieu dont on repère l’implication dans la cité ne serait-ce que par ses liens avec l’hôpital par exemple, les noms qu’on connaît. Un lieu enfin dont on sent l’adresse ouverte à chacun là où il en est de ses question, une adresse ni trop « ampoulée » m’a dit quelqu’un, ni trop guindée dans des savoirs figés et grâce à laquelle chacun peut trouver sa place. À nous de la faire perdurer.

J’en resterai là pour aujourd’hui, il y aurait tant de choses à dire. Sachez seulement que je suis très heureuse de travailler avec vous tous !

Mariette Murat
Présidente de l’association
pour l’Ecole Psychanalytique de Bretagne

 

 

2018-01-23T20:50:49+00:00